đ„ Les contrats intelligents vont-ils bientĂŽt remplacer les avocats ?
#4. Décryptage
âšBonjour Ă tous,
Je suis trĂšs heureux de vous retrouver aujourdâhui pour un nouveau dĂ©cryptage đ.
Chose promise, chose due, jâai dĂ©cidĂ© de vous parler des contrats intelligents ou des smart contracts comme je mây Ă©tais engagĂ© dans ma lettre sur la blockchain en dĂ©but dâannĂ©e đ. Câest une suite logique puisque les premiers sont un approfondissement de la seconde. Il est mĂȘme possible de dire que leur incorporation Ă la chaine de blocs originelle a donnĂ© naissance Ă la blockchain 2.0 (de deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration) permettant dâĂ©largir considĂ©rablement ses cas dâusage.
đ Si ce nâest pas encore fait, nâhĂ©sitez pas Ă vous inscrire : il y a deux offres soit payante soit gratuite.
Comme pour les autres dĂ©cryptages, la dĂ©marche reste la mĂȘme : procĂ©der pas Ă pas en se posant les bonnes questions.
đ Pour ce faire, jâai choisi une source de rĂ©fĂ©rence : un article publiĂ© sur le site Ethereum.org qui contient aussi une vidĂ©o explicative dâenviron 15 minutes de Finematics, un mĂ©dia pĂ©dagogique qui permet dâapprendre beaucoup de choses sur la finance dĂ©centralisĂ©e.
Quand est apparu le terme de smart contract pour la premiĂšre fois ?
đ Le terme est apparu pour la premiĂšre fois en 1994 dans un article de Nick Szabo, un informaticien et cryptographe amĂ©ricain. Deux ans aprĂšs avoir dĂ©fini le concept, lâintĂ©ressĂ© explique en 1996 dans une autre publication ce quâun contrat intelligent pourrait faire. Vous avez donc ici les deux textes fondateurs du smart contract !
đââïž Petite anecdote : Nick Szabo a créé une sorte dâancĂȘtre du Bitcoin, connu sous le nom de Bit gold, mais sa monnaie numĂ©rique nâa toutefois jamais Ă©tĂ© mise en ligne. Certains pensent mĂȘme que lâintĂ©ressĂ© pourrait en rĂ©alitĂ© ĂȘtre Satoshi Nakamoto, le mystĂ©rieux fondateur du Bitcoin, ce quâil a toujours fermement dĂ©menti.
Quâest-ce quâun smart contract au juste ?
Sur le site Ethereum, le smart contract đ» est dĂ©fini dans les termes suivants et je trouve que câest la meilleure explication de toutes celles qui circulent :
âUn smart contract est un programme (un code) informatique stockĂ© (le plus souvent) sur une blockchain qui permet de convertir des contrats traditionnels en Ă©quivalents numĂ©riquesâ.
Pour comprendre ce quâest un smart contract dans la pratique, une analogie est souvent utilisĂ©e : le contrat intelligent serait une version numĂ©rique dâun distributeur automatique de boissons, programmĂ© pour effectuer certaines tĂąches selon les instructions qui lui sont donnĂ©es.
à partir de quand le contrat intelligent est-il devenu opérationnel ?
đą La rupture a lieu en 2015 avec le lancement dâEthereum, soit une vingtaine dâannĂ©es aprĂšs sa premiĂšre âconceptualisationâ. Câest donc la premiĂšre blockchain qui permet dâintroduire de maniĂšre opĂ©rationnelle les smart contracts Ă partir dâun langage de programmation dĂ©nommĂ© Solidity. LâEthereum Virtual Machine (EVM) propose Ă ce titre des services de cloud dĂ©centralisĂ© qui permettent Ă ses utilisateurs de dĂ©velopper, hĂ©berger et tester des applications.
â¶ïž Ethereum nâest aujourdâhui plus la seule blockchain Ă faciliter la crĂ©ation et lâhĂ©bergement de smart contract. De nombreux concurrents sont apparus tels que Cardano, Tezos, EOS, Tron, mais chacun avec des caractĂ©ristiques diffĂ©rentes.
Ces blockchains de deuxiÚme génération sont qualifiées de Turing-complet1, ce qui signifie qu'elles sont en mesure d'exécuter n'importe quel type de programme. Précision : le langage de programmation utilisé dépend de la blockchain sur laquelle le smart contract est hébergé. Solidity reste actuellement le plus populaire de tous.
Quelles sont les deux principales propriétés du smart contract ?
Les smart contracts ont deux grandes caractéristiques :
Ils sâexĂ©cutent de maniĂšre automatique Ă partir des conditions Ă©crites dans le code, ce qui ne laisse aucune place Ă lâinterprĂ©tation dâun juge đ§đ»ââïž entre la rĂ©daction du contrat et sa mise en place ;
Ils sont inexorables : ils ne peuvent pas ĂȘtre modifiĂ©s une fois quâils sont lancĂ©s. Câest la Blockchain qui garantit leur caractĂšre inaltĂ©rable. Pour les mettre Ă jour, il faut les supprimer et les refaire.
Le code peut-il faire vraiment faire loi ?
Le smart contract est Ă mettre en rapport avec un article đ intitulĂ© âCode is Lawâ Ă©crit en janvier 2000 par Lawrence Lessig, un juriste amĂ©ricain connu dans le monde entier et professeur de droit Ă Harvard, dans lequel il explique quâInternet transforme le droit ⊠et pas forcĂ©ment de la bonne maniĂšre.
Les comportements humains seraient, dans le cyberespace, dĂ©sormais rĂ©gis par une architecture technique et non plus par des normes juridiques. En gros, chaque plateforme peut imposer ses propres rĂšgles en matiĂšre de droit dâaccĂšs par exemple. On lâa vu lors de lâexclusion de Donald Trump de Twitter avant sa rĂ©intĂ©gration ce week-end Ă la suite dâun vote en ligne organisĂ© par Elon Musk, le nouveau patron du rĂ©seau social Ă lâoiseau bleu. Le scrutin a rĂ©uni pas moins de 15 millions de personnes.
Le problĂšme soulevĂ© par ce cas trĂšs mĂ©diatique est quâun contrat intelligent rĂ©gi par les propriĂ©taires dâune plateforme lâemporte sur le contrat social entre les humains voulu par Jean-Jacques Rousseau. Ici code > loi humaine.
â ïž Toutefois, il est important de rappeler que les contrats intelligents ne disposent pas encore dâune reconnaissance juridique Ă proprement parler. Ils ne font donc pas encore loi, mĂȘme sâils transforment incontestablement les rĂšgles du jeu.
Quelle différence(s) entre contrats intelligents et contrats traditionnels ?
Les premiers sont exĂ©cutĂ©s par une technologie. Les seconds par des ĂȘtres humains, souvent trĂšs qualifiĂ©s et trĂšs bien payĂ©s tels que les notaires et les avocats. Le smart contract vise ainsi Ă Ă©liminer le facteur humain de la prise de dĂ©cision.
Or, le facteur humain est souvent considĂ©rĂ© comme le principal problĂšme des contrats traditionnels. Un notaire peut, par exemple, commettre une erreur quand il rĂ©dige đ un contrat dâachat dâun appartement. Autre exemple : deux juges peuvent interprĂ©ter un contrat traditionnel de deux maniĂšres diffĂ©rentes, ce qui introduit un traitement diffĂ©renciĂ©. Avec un contrat intelligent, lâinterprĂ©tation disparaĂźt au profit de lâautomaticitĂ©.
Quels sont les cas dâusage ?
âïž Ils sont trĂšs nombreux. Certains diront mĂȘme quâils sont infinis ⊠Aujourdâhui, les smart contracts sont les piliers de la finance dĂ©centralisĂ©e avec toutes les Dapps quâelle propose.
âïž Les smart contracts sont aussi tout particuliĂšrement utilisĂ©s dans les organisations autonomes dĂ©centralisĂ©es (DAO) avec pour objectif de rĂ©pliquer les clauses et les rĂšgles de fonctionnement dâune entreprise sous forme de code informatique.
âïž Ils permettent aussi dâoctroyer et de transfĂ©rer la propriĂ©tĂ© dâactifs numĂ©riques sur une blockchain.
âïž Les contrats intelligents ne sont Ă©videmment pas rĂ©servĂ©s Ă lâunivers dĂ©centralisĂ©, mais sâimplantent aussi dans le monde centralisĂ© : ils conviennent parfaitement Ă une utilisation dans les services financiers et bancaires, tels que les paiements et les rĂšglements, tout comme Ă lâassurance.
Quels sont les avantages et les inconvénients des smart contracts ?
Commençons par les avantages :
đą Le rĂ©sultat dâun contrat intelligent est automatiquement exĂ©cutĂ© quand ses conditions sont rĂ©alisĂ©es. Il fait disparaitre les dĂ©lais de transactions observĂ©s dans les contrats traditionnels ;
đą Le contrat intelligent rĂ©duit le rĂŽle des tiers de confiance, ce qui fait baisser les coĂ»ts associĂ©s au travail des intermĂ©diaires ;
đą Une plus grande transparence. Dans le cadre dâune blockchain publique, nâimporte qui peut examiner les dispositions du contrat ;
đą Automatiser certaines clauses contractuelles avec des informations de type if-then-else donc un gain de temps Ă©galement ;
đą PossibilitĂ© de disposer dâune gouvernance partagĂ©e pour rĂ©diger et avoir accĂšs au contrat.
Poursuivons avec les inconvénients :
đŽ Son irrĂ©versibilitĂ© (ou immutabilitĂ©) qui ne permet pas dâeffecteur de retour arriĂšre en cas dâerreur ;
đŽ Sa vulnĂ©rabilitĂ© aux attaques informatiques et menaces cyber. Des hacks majeurs concernant lâexploitation de smart contracts ont dĂ©jĂ eu lieu. Deux exemples :
En 2016 : The DAO attack avec un vol de 3,6 millions dâĂ©thers, pour un Ă©quivalent de 70 millions de dollars Ă lâĂ©poque ;
En 2022 : Wormhole avec le vol de 320 millions de dollars US en cryptos (ethereum, Solana, etc.)
đŽ La difficultĂ© Ă transcrire en code des Ă©lĂ©ments imprĂ©vus comme un dĂ©faut qui apparaitrait dans le cadre de la rĂ©daction dâun contrat immobilier
Peut-on donc améliorer les contrats intelligents ?
Oui, et cela peut se faire de deux façons.
1ïžâŁ En premier lieu, il peut sâagir dâamĂ©liorer la qualitĂ© des smart contracts. Pour ce faire, ce dernier doit ĂȘtre alimentĂ© avec des donnĂ©es extĂ©rieures Ă la Blockchain afin de gagner en souplesse, et ainsi Ă©largir rendre possible lâautomatisation dâun plus grand nombre de contrat.
Cela est rendu possible grĂące aux oracles âŠ
Pour rappel, dans la GrĂšce antique, un oracle Ă©tait un intermĂ©diaire entre les humains et les dieux. Il Ă©tait chargĂ© de transmettre la rĂ©ponse des seconds aux premiers. Dans la Blockchain, câest un peu la mĂȘme chose en dĂ©finitive : lâoracle est ici un service tiers qui fournit des informations extĂ©rieures, donc hors rĂ©seau, Ă celle-ci. Il sâagit, par exemple, des prix dâun produit, des valorisations dâactifs financiers ou de retards de vols. Lâoracle le plus utilisĂ© dans cet univers est Chainlink. Il y a aussi Augur.
2ïžâŁ En second lieu, il peut sâagir de simplifier lâutilisation des smart contracts en gĂ©rant les documents lĂ©gaux en open source, avec la naissance dâune sorte dââopen justiceâ, sur le mĂȘme modĂšle que lâopen banking ou lâopen finance. Lâobjectif consiste Ă crĂ©er des textes juridiques normalisĂ©s reconnus de tous et stockĂ©s dans des bases de donnĂ©es librement accessibles. Câest ce que propose CommonAccord par exemple.
âCommonAccord peut ĂȘtre dĂ©crit comme une communautĂ© de documents juridiques, une sorte de Code civil 3.0 sur GitHub2 et compatible avec les systĂšmes dâopĂ©rations dĂ©centralisĂ©s basĂ©s sur une blockchainâ, explique James Hazard, lâun de ses inventeurs.
De la sorte, CommonAccord est au monde juridique ce quâest GitHub pour le logiciel et les Incoterms (qui dĂ©terminent les obligations rĂ©ciproques du vendeur et de lâacheteur dans le cadre dâun contrat dâachat/vente international) pour les transactions commerciales.
Du coup, allons-nous vers une disparition des notaires et des avocats ?
â Non, probablement pas ⊠En revanche, il est fort Ă parier que les mĂ©tiers de notaires et dâavocats Ă©volueront fortement dans les prochaines annĂ©es, un peu comme dâautres mĂ©tiers avant eux avec un partage de donnĂ©es plus large et une plus grande place de lâinformatique.
Explications :
MĂȘme si les contrats venaient Ă ĂȘtre automatisĂ©s de plus en plus souvent et dans de plus en plus de secteurs, il est probable que les avocats auront toujours leur mot Ă dire en fournissant leurs connaissances juridiques afin de transcrire les contrats en lignes de code.
Du coup, le facteur humain ne devait pas disparaitre mais changer de nature pour permettre le passage des contrats traditionnels aux contrats numériques avec une exécution qui serait à la fois automatique et moins coûteuse.
Pour certains, nous assisterons Ă lâubĂ©risation3 des professions dâavocat et de notaire. Ces derniĂšres nĂ©cessiteront probablement plus de compĂ©tences et de connaissances en matiĂšre de programmation et de codage.
Jâarrive Ă la fin de ma prĂ©sentation. Jâaurai bien entendu lâoccasion de reparler des contrats intelligents dans le cadre de mes prochaines publications.
Vous pouvez retrouver ci-aprÚs mes précédents décryptages :
#1. La Blockchain est-elle vraiment une technologie de rupture ?
#2. Le Metaverse est-il vraiment le futur dâInternet ?
#3. Les fermes verticales : une solution contre la faim dans le monde ?
â€ïžâ€ïžâ€ïž Si vous avez appris des choses et si vous avez aimĂ© ce dernier dĂ©cryptage, nâhĂ©sitez surtout Ă pas Ă liker avec le petit cĆur tout en bas et Ă le partager :
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Ă trĂšs vite,
Amaury
En référence à la machine pensante, créé par Turing
Un service de gestion collaborative de développement de logiciels (racheté par Microsoft en 2018)
Processus par lequel un modĂšle Ă©conomique basĂ© sur les technologies numĂ©riques entre en concurrence frontale avec les usages de lâĂ©conomie traditionnelle.




