🌐 Après l'État-nation, l’État-réseau ?
#1. Book Review : The Network State de Balaji Srinivasan

Avant de commencer, si tu aimes mon contenu et surtout le nouveau format d’aujourd’hui, clique sur le ❤️ au-dessus et à côté de mon nom. Cela m’aidera aussi à avoir un meilleur classement sur Substack (la plateforme qui héberge ma newsletter). Merci d’avance.
💫 Bonjour à tous,
Je suis très heureux de vous retrouver aujourd’hui pour un nouveau format. Comme vous le savez peut-être (mais sans doute pas tous), j’ai pris l’habitude de faire des commentaires des livres 📚 que je lis sur LinkedIn.
Après réflexion, j’ai finalement décidé d’intégrer ces publications directement dans ma newsletter 📩 que vous recevez le mardi (soit le matin, soit le soir), en dénommant cette nouvelle rubrique “Book Review”. Ce choix s’explique par quatre raisons :
Lire est un moyen de façonner des idées et de replacer les sujets que je traite dans une analyse contextuelle plus approfondie 🧠. C’est aussi un moyen d’aller plus loin dans les thématiques abordées, celles relatives aux tendances émergentes. Je précise qu’il y a aussi la newsletter The Pomp Letter de Anthony Pomplianopour découvrir des commentaires sur des livres passionnants ;
Je pense que beaucoup des abonnés de ma newsletter n’utilisent pas LinkedIn régulièrement et du coup, ils pourront aussi accéder à ces articles ;
Republier mes articles dans le cadre de ma newsletter me permet de faire des corrections, des ajustements ✏️, voire des ajouts par rapport à la première version publiée sur LinkedIn. C’est d’ailleurs un exercice très instructif pour tout créateur de contenus ;
Enfin, j’espère que l’on pourra fonder une sorte de “book club” où chacun pourra donner une nouvelle idée 💡 de lecture autour de la nouvelle économie à tous les membres de cette communauté de plusieurs milliers d’abonnés. N’hésitez donc pas à commenter si vous avez un livre en tête.
Nous pourrons également prolonger les discussions 🗣 sur le forum Reddit Lettres Ouvertes consacré à l’évolution de notre newsletter. J’ai d’ailleurs posté une liste de livres ici. Plus tard, cela pourrait même être cool de se lancer dans la rédaction d’un livre ✍🏻 à plusieurs !
👉🏻 Bref, j’espère que ce nouveau format qui s’ajoute aux autres (Monthly Recap, Weekly Digest, Décryptage et autres) vous plaira également.
Si vous souhaitez vous abonner, pour celles et ceux qui ont reçu ce message par un autre moyen, ou changer de formule pour passer en premium, c’est par ici :
📃 Comme expliqué dans ma lettre de fin d’année, je veux en 2023 approfondir le thème de l’État-réseau et, en particulier, la manière dont il est rendu possible par l’arrivée des nouvelles technologies numériques, blockchain en premier lieu.
En plus, vous allez voir, le sujet est assez fun, parfois drôle et fait naître de nombreux débats captivants qu’il convient de mener sans dogmatisme !
Du coup, j’ai choisi aujourd’hui de (re)parler du livre The Network State de Balaji Srinivasan, un entrepreneur et investisseur américain 🇺🇸, ancien directeur de la technologie de Coinbase. Il montre ce que pourrait être un État-réseau 🃏 basé sur les technologies numériques et en quoi il serait différent d'un État sous sa forme actuelle, avec un gouvernement à sa tête, un territoire donné et des limites géographiques.
Pourquoi j'ai choisi ce livre ?
D'abord parce qu'il est en libre accès 🆓. Je plaisante ...
Je l'ai choisi parce que ce livre montre qu'il est envisageable de moderniser la gouvernance politique à l'heure où :
Internet diminue l'importance des frontières physiques ;
La #blockchain, les cryptos et les #DAOs se démocratisent (péniblement),
Le principe organisateur des nations évolue de l'héritage partagé aux idées partagées comme socle fondateur des interactions entre ses membres 👥.
🟢 Bref, l'État-réseau s'entend comme un choix individuel, tandis qu’à l’intérieur d’un État-nation les règles de citoyenneté s'imposent à tous par transmission automatique. Pour le dire autrement : au même titre que sa famille, on ne choisit pas son pays (en général sauf pour ceux qui partent pour en rejoindre un autre).
☑️ De plus, la technologie a déjà permis d'inventer de nouvelles entreprises et de nouvelles monnaies, pourquoi donc ne pas imaginer qu'elle puisse être à l'origine de nouveaux États ?
Pour dérouler son argumentaire, l'auteur développe des thèses originales (parfois loufoques je dois dire). Ce procédé singulier permet de laisser libre court à sa pensée, et de se poser des questions que l'on ne se pose pas habituellement.
Par exemple : il nous arrive rarement de nous demander ce qu’est un État ou ce qu’est une Nation et ce qui les différencie. Or, l'auteur se penche, lui, sur la question avec des explications détaillées.
💬 Première réponse simplifiée mais beaucoup plus détaillée dans le livre : l'État est une construction politique et la Nation est une construction sociale. Cette distinction est fondamentale pour comprendre pourquoi et comment un État-réseau pourrait s'enraciner.
Autre raison pour l'avoir choisi : le livre est truffé de références et de concepts tels que le livre Exit, Voice and Loyalty d'Albert Hirschman, l'échelle de Kardachev1, l'État westphalien, le print capitalisme2 et j'en passe.
😅 Cependant, je dois reconnaitre que je n’ai pas lu le livre en entier. En général, je lis tout mais cette fois-ci j’ai plutôt parcouru le texte et sélectionné les points qui m’intéressaient le plus. J’ai donc zappé les longs développements politiques.
Comment définir un État-réseau ?
📣 Balaji Srinivasan le définit de la manière suivante :
"Un État-réseau est une communauté en ligne parfaitement alignée avec une capacité d'action collective et qui finance son territoire à travers le monde et obtient finalement la reconnaissance diplomatique des États préexistants".
Il y a plusieurs éléments essentiels à retenir de sa définition :
Un État-réseau n'est pas physiquement centralisé comme un État-nation, ni limité en échelle comme une cité-État. Les citoyens qui le composent sont donc répartis dans le monde entier 🌍 par grappes de taille variable (cf. Gif tout en haut qui illustre l'article), mais leurs valeurs et leurs cœurs ❤️ sont au même endroit. Du coup, fini les revendications territoriales de pays prédateurs et ces histoires de souveraineté qui peuvent envenimer les relations internationales et amener au déclenchement de conflits armés !
Un État-réseau n'est pas une chose purement numérique. Il y a aussi une composante physique substantielle : les membres doivent participer à l'achat de bureaux et d'immobilier 🏡 partout dans le monde, financés par #crowdfunding. L’État-réseau n’est donc pas qu’un immense Metaverse aux ambitions politiques.
Un État-réseau doit être reconnu par les autres États pour pouvoir exister. Pour l'auteur, la reconnaissance diplomatique est donc primordiale.
Autres attributs essentiels : il dispose d'un fondateur reconnu et d'une capitale virtuelle, par exemple, à partir d'un sous-réseau privé (= avec un droit d’accès) d'un #Metaverse. Enfin, le network state fonctionne à partir d'un contrat social 🤝 reconnu de tous les membres de la communauté qui peuvent entrer ou sortir au choix et selon leurs intérêts.
En termes de taille de communauté, l'auteur explique que 20% des 193 États reconnus par l'ONU, qu'il rebaptise pour l'occasion 'Organisation des Nations sélectionnées', ont moins d'un million d'habitants ❗️Il est donc numériquement parlant tout à fait envisageable de fonder en ligne un groupe de cette taille.
🔒 Enfin, la population, les revenus et les propriétés immobilières de tous les internautes sont enregistrés sur les nœuds du réseau. La #Blockchain devient la source unique de vérité (ou SSOT3). Elle est la colonne vertébrale de tout État-réseau. Deux exemples :
Elle donne la possibilité de créer des identités décentralisées comparables à ENS (Ethereum Name Service) ou SNS (Solana Name Service) qui servent de passeports numériques pour l'État-réseau, au travers d'un accès à authentification unique 🔐.
Elle prend la succession des archives publiques, de la même manière que les archives publiques ont pris la place des archives orales.
Quelles sont les trois différentes formes d'État selon l'auteur ?
Pour l'auteur, l'État-réseau serait la troisième forme d'État, en complément des deux préexistantes. Vous pouvez voir dans le schéma 📝 juste après sa manière de voir les choses. Je suis d'accord, c'est très simplifié voire caricatural 🤔, mais il a le mérite de faire réagir :
Le monde serait donc tripolaire composé d’un pôle progressiste avec la woke capital du New York Times 📰 -le monde occidental n'est pourtant pas un tout monolithique-, d’un pôle autoritaire représenté par le parti communiste chinois 🇨🇳 et le pôle crypto, avec le Bitcoin.
Le premier pôle fonctionnerait autour de l'économie du dollar 💵 ;
Le deuxième pôle reposerait sur le digital yuan, encore en construction ;
Le troisième pôle serait la cryptoéconomie encore naissante du #Web3.
Les deux premiers pôles seraient centralisés, le dernier serait décentralisé. 🟢 Le network state ferait la synthèse de ces 3 pôles !
Quelles sont donc les différences entre un État centralisé et un État décentralisé ?
Contrairement à un État centralisé, un État décentralisé basé sur le réseau regroupe une communauté d'internautes dispersée dans le monde entier mais qui est unifiée sur le plan idéologique. Mais ce n'est pas tout ...
✔️ Le premier aurait un ou plusieurs leaders, le second n'en aurait pas et permettrait de faciliter la démocratie directe et participative ;
✔️ Le premier fonctionnerait avec des monnaies souveraines (#dollar, renimbi), le second avec des monnaies privées ou décentralisées (de type cryptos) ;
✔️ Le premier devrait fonctionner sur le hard ou le soft power, le second sur la hard money, bref sur des monnaies transnationales plus que sur un pouvoir coercitif.
Il reste une question : comment un État réseau peut créer et mettre en application les lois ?
Réponse : de manière numérique ... avec la blockchain et les smart contracts.
Après le contrat social de Jean-Jacques Rousseau, le contrat intelligent (dont j’ai parlé dans un décryptage en novembre dernier) ferait autorité. Le code ferait loi 👨⚖️, comme l’avait prophétisé Lawrence Lessig en son temps. La technologie l'emporterait donc en quelque sorte sur le jugement humain.
🔝 Pour résumer tout ce qui vient d'être dit plus haut, l'auteur utilise la formule suivante que je trouve très parlante pour expliquer le monde qui viendrait :
"Contrairement aux époques passées, vous n'avez plus besoin d'être près d'un port ou d'une mine pour construire une ville, il suffit d'être à proximité d'une connexion Internet".
▶️ Après avoir essayé de vous présenter les principes de cette nouvelle forme de construction politique encore totalement fictive sans en évoquer sa faisabilité, j'aimerais vous poser la question suivante : pensez-vous qu'un État-réseau puisse voir le jour ?
1️⃣ Oui, c'est possible et souhaitable ;
2️⃣ Non, c'est impossible et dangereux.
👨💻 De mon côté, j'opte plutôt pour le 1, même s’il faudrait comparer la consommation énergétique d’un tel État avec celle d’un État traditionnel. Je vous remercie par avance pour vos réactions / commentaires.
Vous pouvez voter à partir de ce lien sur Reddit !
Si vous voulez avoir l’avis de Vitalik Buterin, le cofondateur d’Ethereum, sur le sujet, je vous conseille son long décryptage. 🟠 En résumé : il est plutôt favorable à l’idée mais s’inquiète d’une récupération de l’État-nation par les plus riches, au détriment des plus pauvres. C’est d’ailleurs bien le problème de toutes les technologies numériques.
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À très vite,
Amaury
Une méthode théorique de classement des civilisations en fonction de leur niveau technologique et de leur consommation énergétique proposée en 1964 par l’astronome soviétique Nikolaï Kardachev
Le capitalisme d’imprimerie désigne la théorie soutenant que le concept de nation, en tant que communauté imaginaire, se développa sous l’impulsion donnée par l’invention de l’imprimerie. Le terme a été inventé en 1983 par l’historien Benedict Anderson.
Ou Single Source Of Truth désigne une pratique consistant à agréger les données de plusieurs systèmes pour les rassembler dans un seul endroit.


