🤖 Comment l'IA dope l’économie américaine
Les dépenses colossales dans les gigantesques centres de données pour l'IA alimentent la croissance, transforment la Big Tech et font émerger de nouveaux risques.
👋🏻 Bonsoir à tous,
Je suis très heureux de vous retrouver pour l’édition gratuite de Lettres Ouvertes.
Avant de commencer, je précise que la première version premium 🔒 a été publiée le 14 septembre. Elle est consacrée en grande partie à la valorisation de Nvidia, parmi d’autres sujets.
Dans ce nouveau numéro gratuit, je vous raconte comment l’IA propulse la croissance économique américaine 🇺🇸, transforme le modèle des géants de la tech et génère de nouveaux risques. En exclusivité, vous découvrirez aussi un extrait de mon livre 📖 sur les empires technologiques, que je viens tout juste de terminer !

L’IA : le “super-stimulant” de l’économie américaine
C’est une statistique 📊 qui en dit long sur le poids économique pris par l’IA ces derniers mois. Au premier semestre 2025, plus de la moitié de la croissance américaine qui a atteint le taux de 1,6 % (selon les dernières estimations du Bureau of Economic Analysis), provenait des investissements dans cette technologie.

Extrêmement coûteuse à développer, l’IA nécessite des terres, des bâtiments 🏢, des puces (GPU), des composants électroniques et de l’énergie en grande quantité.
En conséquence, l’IA n’est pas que “virtuelle”. Elle nécessite une infrastructure physique volumineuse pour répondre 💬 aux questions de centaines de millions d’individus dans le monde.

Meta, Microsoft, Alphabet (Google) et Amazon sont ceux qui investissent le plus dans ce domaine. À elles quatre, ces entreprises devraient dépenser 💸 entre 350 et 400 milliards de dollars en 2025, selon les données de Statista. Pour vous donner un ordre d’idées, le chiffre correspond quasiment aux dépenses de défense des États membres de l’UE 🇪🇺 prévues cette année.
« Un petit nombre d’entreprises dépense actuellement plus que les 340 millions d’Américains », explique Axios, un média d’informations américain.
Plus que jamais, la prospérité américaine repose sur une poignée d’acteurs de la Big Tech à partir de l’explosion de leur CAPEX (capital expenditures ou dépenses en capital 💰). C’est quelque chose de très atypique.
Dans sa conférence de presse du 17 septembre dernier, Jerome Powell, le président de la Fed, la banque centrale américaine 🏦, a même indiqué que :
« Les États-Unis connaissent une activité économique exceptionnellement importante grâce au développement de l'IA et aux investissements des entreprises ».
Jusqu’alors, la consommation des ménages était le principal moteur de la croissance outre-Atlantique. Ces derniers mois, elle a tendance à ralentir, en raison de la baisse du revenu disponible, des incertitudes en matière d’emplois, de taux d’intérêt toujours élevés et des taxes 🧾douanières.
Les dépenses dans l’IA sont tellement importantes qu’il est désormais question d’une nouvelle révolution industrielle 🏭. Ces infrastructures ne sont pas seulement très volumineuses (elles ressemblent à des usines géantes), elles sont aussi énergivores.
Quand il sera finalisé en 2030, le nouveau datacenter pour l’IA de Meta atteindra 5 GW (gigawatt), ce qui correspond à la consommation électrique de la Nouvelle-Zélande 🇳🇿.
Dans les prochains mois, ces dépenses dans l’infrastructure pour l’IA ne devraient pas diminuer, ce qui est de nature à stimuler encore plus l’économie américaine. Lors d’un dîner 🍽️ à la Maison Blanche dans la State Dining Room avec 33 grands leaders de la tech, Mark Zuckerberg a affirmé à Donald Trump, tout sourire, que Meta investirait la somme astronomique de 600 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2028.
Pour l’anecdote, à la fin du repas, il a tenu à préciser au président américain qu’il s’agissait d’une réponse improvisée 🤹, laissant supposer que le montant total pourrait être bien inférieur.
> Pour aller plus loin : l’analyse de Paul Kedrosky, un investisseur en capital-risque “Honey, AI Capex is Eating the Economy”
Les géants de la tech se transforment avec l’IA
Ces investissements considérables dans l’IA transforment le modèle économique 💲 de Microsoft, Alphabet (Google), Amazon et Meta, les membres de la Big tech qui ont engagé les plus importantes dépenses dans l’IA.
Avant le lancement de ChatGPT fin 2022, des entreprises comme Meta et, dans une moindre mesure, Alphabet étaient plutôt “asset-light”, ce qui veut dire qu’elles possédaient peu d’actifs lourds, tels que des usines.
Elles misaient davantage sur les actifs intangibles comme les logiciels 💾 et les plateformes numériques pour générer du profit. Leurs coûts fixes étaient bas et leurs marges très élevées.
Avec l’essor de l’intelligence artificielle ces deux dernières années, les géants de la Big Tech deviennent beaucoup plus “asset-heavy”. Leur free cash-flow, ou la capacité à générer du cash supplémentaire, se réduit ⬇️.
Entre le deuxième trimestre 2023 et le deuxième trimestre 2025, les bénéfices nets de ces 4 entreprises ont grimpé de 73 %, mais leur trésorerie disponible a baissé de 30 %, selon les données de FactSet (cf. graph).
Trois risques à surveiller
Une trop forte dépendance à l’IA :
Tout miser sur l’IA pourrait réduire les investissements dans les autres secteurs économiques. Le risque est que tout le poids de l’économie américaine repose sur l’IA, ce qui est risqué 💣 si ce secteur venait à ne pas répondre aux attentes. Or, une économie en bonne santé repose sur des activités diversifiées. Ainsi, un krach de l’IA pourrait entraîner une diminution des dépenses, du nombre d’emplois et un ralentissement de la croissance jusqu’à plonger l’économie américaine dans la récession.
> Pour aller plus loin : l’article de The Atlantic “Just How Bad Would an AI Bubble Be?”
Le maintien des taux d’intérêt à un niveau élevé
Quand les géants de la tech disposent de cash disponible, elles l’investissent en obligations américaines, ce qui exerce une pression à la baisse 📉 sur les taux ; étant donné qu’ils sont de gros acheteurs de dette US. Aujourd’hui, leur cash est réinvesti, ce qui pousse à la hausse des taux.
L’IA pourrait être un secteur à faibles marges
Selon l’analyse de Peter Berezin, directeur de la recherche chez BCA Research, l’IA pourrait ressembler au secteur aéronautique ✈️, à l’automobile et aux transports ferroviaires. Ces activités sont caractérisées par de faibles marges, ce qui signifie que la différence entre le chiffre d’affaires et les coûts est peu importante.
Un extrait de mon livre
Comme je l’ai annoncé dans ma lettre de rentrée, je travaille depuis cet été sur un livre 📚 consacré aux empires technologiques. Je suis très heureux de vous annoncer que je viens de le finir et que je suis désormais à la recherche d’un éditeur.
À travers 18 récits documentés, j’explique comment les empires technologiques ont bâti leur puissance 👑. J’explore ensuite ce que leur essor change concrètement dans notre quotidien : notre manière de travailler, d’investir, de nouer des relations, mais aussi de nous comporter. Enfin, je m’interroge sur leur avenir, entre domination sans partage, stagnation ou déclin.
Aujourd’hui, j’en profite pour vous partager un extrait du chapitre Le nouvel or noir. Il fait le lien avec le sujet d’aujourd’hui et, par la même occasion, vous donne un avant-goût de mon livre :
“Alors que la première génération d’Internet 🌐 avait promu un capitalisme sans capital, dominé par des plateformes et des actifs immatériels, l’IA signe le grand retour des CAPEX, ces dépenses massives dans les infrastructures. Leur objectif : ériger d’immenses centres de données, tels des châteaux forts 2.0, qui atteignent parfois la taille de villes entières.
Si la tendance actuelle se poursuit, l’IA pourrait devenir la plus grande mobilisation de capital de l’histoire économique moderne, dépassant les Nouvelles routes de la soie, le réseau américain d’autoroutes, le programme Apollo 🛰️, le barrage des Trois Gorges, l’Eurotunnel ou encore le projet Manhattan, à l’origine de la première bombe nucléaire.
L’histoire regorge d’épisodes similaires où des puissances impériales ont cru pouvoir assurer leur suprématie par la construction 🏗️ d’infrastructures colossales : la Grande Muraille de Chine, les flottes espagnoles post-Armada, ou encore le chemin du Hedjaz ottoman attaqué par le légendaire Lawrence d’Arabie. Nombre de ces projets n’ont pas tenu leurs promesses.
Le parallèle 🟰 entre les deux époques est le suivant : le risque de croire qu’un investissement massif sera en mesure de verrouiller une domination sur le long terme. Les empires technologiques d’aujourd’hui pourraient, dans les années qui viennent, voir leurs supercalculateurs se transformer en actifs échoués (ou stranded assets), des investissements qui perdent de leur valeur à la suite d’un bouleversement économique, technologique ou réglementaire. À cela s’ajoute une autre incertitude de taille : l’adhésion des consommateurs eux-mêmes”.
RDV très bientôt pour une nouvelle édition. N’hésitez pas à commenter et à liker si le contenu vous a plu et si vous avez appris quelque chose 💙, ça permet de donner plus de visibilité à ma newsletter.
Amaury



