đ„ Comment l'IA dĂ©boussole les investisseurs
Pourquoi les valeurs technologiques chutent et quelles actions du portefeuille Lettres Ouvertes se démarquent en ce début d'année ?
đđ» Bonsoir Ă tous,
Je suis ravi de vous retrouver pour une nouvelle Ă©dition consacrĂ©e aux fortes turbulences đȘïž qui secouent actuellement les marchĂ©s financiers, et en particulier certaines des plus grandes entreprises technologiques.
Dans ce numĂ©ro đ°, je vous expliquerai les raisons de ce fort dĂ©crochage et ce quâil nous dit de lâeffet de lâIA sur le comportement des investisseurs. Nous verrons ensuite comment ces mouvements influencent le portefeuille Lettres Ouvertes, composĂ© de 18 entreprises, et je vous dĂ©voilerai la meilleure action depuis le dĂ©but de lâannĂ©e. Enfin, je terminerai sur une note positive.
Les investisseurs ont-ils perdu la tĂȘte ?
Ces derniĂšres semaines, nous avons assistĂ© Ă un phĂ©nomĂšne assez dĂ©routant : des gĂ©ants technologiques publient dâexcellents rĂ©sultats ⊠mais leur action dĂ©croche violemment le lendemain (et parfois dans les jours qui suivent).
Quelques exemples récents frappants :
28 janvier - Microsoft : chiffre dâaffaires record đ en 2025, mais plus de 300 milliards de dollars de capitalisation boursiĂšre effacĂ©s en quelques heures. Lâune des pires sĂ©ances post-rĂ©sultats de son histoire ;
3 février - AMD : résultats en forte croissance, mais une chute de plus de 17 % en Bourse dans la foulée, la guidance (la prévision de revenus) étant jugée insuffisamment ambitieuse ;
4 fĂ©vrier - Alphabet (Google) : chiffre dâaffaires en hausse de 15 %, dĂ©passant les 400 milliards de dollars, mais un recul de 7 % en sĂ©ance le lendemain, avant un rebond partiel.
Chaque entreprise a ses spĂ©cificitĂ©s. Pourtant, un dĂ©nominateur commun Ă©merge pour expliquer ces dĂ©crochages massifs : les dĂ©penses đž dâinvestissement (CAPEX) colossales consacrĂ©es Ă lâintelligence artificielle par les plus grands acteurs de la tech mondiale.

CAPEX record dans la Big Tech
Il faut dire que ces dĂ©penses atteignent des niveaux sans prĂ©cĂ©dent dans lâhistoire du secteur. Et ce qui inquiĂšte encore davantage les investisseurs, ce nâest pas seulement leur ampleur, mais leur trajectoire : les CAPEX prĂ©vus pour 2026 se rĂ©vĂšlent bien plus Ă©levĂ©s quâanticipĂ©.
Pour les quatre grandes entreprises technologiques (Amazon, Alphabet, Microsoft et Meta Platforms), ces investissements devraient atteindre 660 milliards de dollars, selon le Financial Times đł. Ă titre de comparaison, câest davantage que le PIB des Ămirats arabes unis đŠđȘ.
Nous assistons ici Ă un vĂ©ritable changement de paradigme pour ces acteurs de la Big Tech. JusquâĂ prĂ©sent, leur modĂšle Ă©conomique Ă©tait essentiellement asset-light, câest-Ă -dire quâils possĂ©daient peu dâactifs physiques, tout en gĂ©nĂ©rant des marges Ă©levĂ©es et une forte trĂ©sorerie.
Or, lâIA bouleverse cet Ă©quilibre : centres de donnĂ©es gĂ©ants, puces spĂ©cialisĂ©es⊠les besoins en capital explosent.
Dans ces conditions, on comprend que certains investisseurs aient quelques sueurs froides et se posent la question :
Est-il bien raisonnable de dĂ©penser autant 𫣠alors que le retour sur investissement de lâIA reste encore incertain ?
Une demande mondiale exponentielle pour lâIA
Mais Sundar Pichai, patron de Alphabet, rappelle que le vĂ©ritable risque nâest peut-ĂȘtre pas de trop investir ⊠mais de ne pas investir assez.
Car, ces gĂ©ants font face Ă une demande gigantesque. Une demande si forte quâils peinent dĂ©jĂ Ă la satisfaire đ§Ÿ.
Selon le mĂ©dia Sherwood, le chiffre dâaffaires non encore rĂ©alisĂ© pour Amazon, Google et Microsoft atteindrait environ 1 100 milliards de dollars cumulĂ©s, soit prĂšs de deux fois les CAPEX prĂ©vus pour 2026 (Meta inclus) !
DâoĂč vient cette demande au juste ? Elle provient de plusieurs sources :
Des entreprises dĂ©veloppant les modĂšles dâIA, comme OpenAI ou Anthropic ;
Des grands groupes, dans quasiment tous les secteurs, intĂ©grant lâIA au cĆur de leur stratĂ©gie (automatisation, analyse de donnĂ©es, relation client, etc.) ;
Des utilisateurs finaux, particuliers comme professionnels, partout dans le monde đ, dont lâadoption sâaccĂ©lĂšre Ă mesure que les outils sâamĂ©liorent.
Il est bien sĂ»r possible dâobjecter quâune forte demande ne garantit pas, Ă elle seule, des revenus tangibles et durables. Mais en mĂȘme temps, lorsque des dirigeants, aussi nombreux, sâarrachent les outils âïž dâIA, il est difficile dây voir un simple effet de mode. Prenons le cas de JPMorgan Chase, la plus grande banque đŠ au monde, dont le budget technologique annuel atteint 18 milliards de dollars.
Le désaccord entre investisseurs et analystes
Un point particuliĂšrement intĂ©ressant est le dĂ©calage croissant entre les investisseurs et les analystes đšâđŒ.
Les premiers se montrent nerveux, parfois fĂ©briles, sanctionnant la moindre dĂ©ception ou incertitude. Les seconds, en revanche, sont souvent beaucoup plus confiants ; certains vont mĂȘme jusquâĂ relever leurs objectifs de cours sur Alphabet et Meta.
Ce contraste est révélateur :
Les investisseurs raisonnent à court et moyen terme et se focalisent sur les éléments suivants : possible pression sur les marges, explosion des CAPEX, incertitude sur le retour sur capital ;
Les analystes adoptent davantage une lecture structurelle : leadership technologique, barriĂšres Ă lâentrĂ©e, potentiel de monĂ©tisation Ă long terme.
Bien entendu â ïž, une disruption technologique dâune telle ampleur ne peut se produire sans secousse, ni sans réévaluation des risques financiers.
Dans ce contexte, une rotation sectorielle sâopĂšre. En attendant dây voir plus clair, certains investisseurs rĂ©duisent leur exposition Ă la tech pour se repositionner sur des secteurs jugĂ©s plus dĂ©fensifs, tels que les biens de consommation, lâĂ©nergie et lâindustrie đ.
Des investisseurs plus exigeants
Autre élément clé : les investisseurs deviennent plus sélectifs.
Ils commencent Ă intĂ©grer que toutes les entreprises ne profiteront pas de lâIA de la mĂȘme maniĂšre. Certaines pourraient en profiter, tandis que dâautres risquent dâen faire les frais, en particulier avec lâĂ©mergence des outils dâIA dits âagentiquesâ, capables dâexĂ©cuter des tĂąches complexes de maniĂšre autonome.
La crainte ? Que les perdants soient, en définitive, plus nombreux que les gagnants.
đđ» Prenons le cas de Microsoft. Son titre a reculĂ© dâenviron 25 % depuis son pic dâoctobre dernier đšïž. Une raison de ces difficultĂ©s est que son chiffre dâaffaires dĂ©pend en grande partie de la vente de logiciels, une activitĂ© lucrative qui pourrait subir la concurrence des nouveaux outils dĂ©veloppĂ©s par Anthropic (Cowork) et OpenAI (Frontier).
Le portefeuille Lettres Ouvertes souffre
Dans le contexte décrit plus haut, le portefeuille 2026 de 18 actions de Lettres Ouvertes évolue actuellement en territoire négatif. Rien de surprenant : la technologie y constitue le premier secteur représenté.
đŽ Une performance globale en baisse
Depuis le 1er janvier, le portefeuille affiche un recul dâenviron 3,7 %. Une performance comparable Ă celle du Nasdaq Composite, qui sert ici dâindice de rĂ©fĂ©rence.
Dans le mĂȘme temps, le CAC 40 đ«đ· et lâEuro Stoxx 50 Ă©voluent en territoire positif, profitant davantage de la rotation sectorielle vers des valeurs industrielles et Ă©nergĂ©tiques.

Au total, 12 valeurs sont dans le rouge, avec des chutes parfois trĂšs importantes qui pĂ©nalisent lâensemble du portefeuille. Câest le cas notamment de Reddit (-39 %), Shopify (-30 %) et Bitcoin (- 20 %). Six valeurs, en revanche, affichent une performance positive.
đ Podium des meilleures performances
đ„ TroisiĂšme : Roll-Royce Holdings (+10 %), un groupe britannique spĂ©cialisĂ© dans les moteurs dâavion, les systĂšmes de propulsion navale et les technologies Ă©nergĂ©tiques (notamment nuclĂ©aires). Rien Ă voir avec les luxueuses voitures donc ;
đ„ DeuxiĂšme : Legrand (+17 %), un groupe industriel français, spĂ©cialisĂ© dans les Ă©quipements Ă©lectriques et numĂ©riques des bĂątiments (data centers, domotique, infrastructures Ă©lectriques), comprenant des solutions dâIA
đ„ Premier : GE Vernova (+22 %), qui conçoit et fournit des Ă©quipement et services dans la production dâĂ©lectricitĂ©. Cette entreprise est issue de la scission des activitĂ©s Ă©nergie de General Electric et comprend les activitĂ©s Ă©nergie dâAlstom rachetĂ©es par GE en 2015.
đïž Mi-mars, je proposerai un bilan plus dĂ©taillĂ© afin dâanalyser les ressorts qui expliquent la meilleure (et la moins bonne) performance du portefeuille.
Avant de terminer cette Ă©dition, je voulais vous partager une nouvelle positive. Une maison dâĂ©dition rĂ©putĂ©e a manifestĂ© son intĂ©rĂȘt pour mon manuscrit đ sur les empires technologiques que je viens de rĂ©viser. Pour lâheure, je reste encore en attente dâun avis dĂ©finitif de leur part, avant une possible parution en librairie.
Si vous avez aimĂ© et appris des choses, nâhĂ©sitez pas Ă liker đ et partager autour de vous. Merci encore pour votre soutien et fidĂ©litĂ©.
Gardons lâĆil ouvert đïž
Ă trĂšs vite,
Amaury




Bravo pour lâĂ©diteur. Prochaine Ă©tape dĂ©cisive : la validation en comitĂ© Ă©ditorial de ton projet de livre. Ăa se fait assez vite normalement. Jâai vu que pas mal dâinvestisseurs / analystes (je ne sais pas bien comment les diffĂ©rencier) avaient Ă©mis des rĂ©serves sur le business model actuel dâOpenAI qui brulent des milliards chaque annĂ©e sans rentabilitĂ© et qui en voudraient des centaines de plus chaque mois ;-) Ne risquent ils pas la faillite si Claude gagne sur le marchĂ© entreprise, que Microsoft dĂ©veloppe ses propres modĂšles et que Google Gemini rafle le marchĂ© grand public.
sacré IA